Le fer peut tuer


Le manque de fer est une des carences les plus répandues au monde. 25 % environ des êtres humains sont touchés, selon l’Organisation Mondiale de la Santé !

Manquer de fer est très gênant, parce que le fer est indispensable pour vous oxygéner. Lorsque vous respirez, l’oxygène qui arrive dans vos poumons passe dans votre sang. Plus exactement, il passe dans les globules rouges qui sont dans votre sang et, plus exactement encore, dans une protéine qui est à l’intérieur de vos globules rouges, l’hémoglobine.

Or, au cœur le plus secret de l’hémoglobine, se trouve un atome de fer, et c’est à cet atome que se fixe l’oxygène.

Si vous manquez de fer, vous ne pouvez produire assez d’hémoglobine. Vos globules rouges s’aplatissent, votre teint devient jaunâtre, vous vous sentez faible et le moindre effort vous essouffle. Maux de crâne et vertiges vous accablent. Tout cela parce que votre sang ne transporte plus assez d’oxygène pour approvisionner correctement vos muscles et votre cerveau.

La fatigue est d’autant plus forte quand vous manquez de fer qu’il est essentiel à la production de l’adénosine triphosphate (ATP), source première de l’énergie corporelle, dans vos cellules. Il permet à vos muscles de stocker de l’oxygène dans la myoglobine. Enfin, il régule la croissance et la différenciation des cellules.

Il est donc important de ne pas manquer de fer.

Qui risque de manquer de fer ?

Près de 99 % de toutes les cellules sanguines sont des globules rouges. Vous devez continuellement produire des globules rouges pour remplacer ceux qui meurent, ainsi que l’hémoglobine qui les remplit.
Les enfants, qui grandissent, et qui ont donc besoin en permanence d’accroître leur volume total de sang, peuvent manquer de fer.

Les femmes qui ont leurs cycles menstruels, et qui perdent donc régulièrement du sang,  peuvent aussi manquer de fer. On estime que c’est le cas de 20 % d’entre elles. 

Mais les personnes les plus à risque de manquer de fer sont les femmes enceintes, qui puisent dans leurs réserves pour constituer celles de leurs enfant. 50 % des femmes enceintes manquent de fer, au point que les médecins leur prescrivent presque automatiquement des compléments de fer.

En revanche, les hommes adultes qui ne se blessent pas, ni ne saignent du nez, mais qui mangent beaucoup de viande rouge, ou d’autres aliments riches en fer (voir ci-dessous), risquent fort de souffrir d’un excès de fer dans leur organisme, ce qui est dangereux :

Votre corps peine à éliminer les excès de fer

Notre corps est capable d’éliminer la plupart des nutriments en excès que nous absorbons. Une personne qui consomme trop de vitamine C ou de calcium, par exemple, va éliminer les excès par les urines. Les médecins parlent de mécanisme « d’excrétion », qui veut dire élimination. L’excrétion se fait principalement par les urines, par la bile (dans les intestins), et par la sueur.

Mais ce n’est pas le cas pour le fer.

Il n’existe que deux moyens d’excrétion du fer : par l’élimination de cellules mortes de la peau ou des voies digestives ; ou par les pertes de sang.

Ces deux mécanismes sont très lents, surtout pour les hommes qui ne perdent pas de sang. Le fer risque alors de s’accumuler dans l’organisme.

Le problème est que le fer rouille. Il « s’oxyde » dit-on. Si vous avez trop de fer dans le corps, cela produit une oxydation massive de vos tissus. Les cellules du pancréas sont particulièrement vulnérables au fer. Ce sont elles qui fabriquent l’insuline, une hormone qui régule le taux de sucre sanguin. Trop de fer peut détruire les cellules du pancréas et provoquer un diabète de type 1 (provoqué par l’incapacité du pancréas à produire de l’insuline), une maladie dangereuse, qui peut rendre aveugle et qui est la principale cause d’amputation actuellement.

En abîmant les cellules qui tapissent vos artères, l’excès de fer peut aussi provoquer desmaladies cardiovasculaires, qui peuvent elles aussi être graves voire mortelles : infarctus, accident vasculaire cérébral (ce qu’on appelle une « attaque » ou AVC), insuffisance cardiaque (fatigue du cœur).

Enfin, parce que l’oxydation abîme les cellules et en particulier l’ADN, elle peut provoquer l’apparition de cellules cancéreuses qui, se multipliant, provoquent des tumeurs.

Vous le voyez, l’excès de fer est un problème à prendre très au sérieux.

Êtes-vous concerné ?

Pour savoir si vous êtes concerné, il ne suffit pas de mesurer votre taux de fer sanguin. La mesure la plus utile pour connaître votre statut en fer est de mesurer la quantité de ferritine présente dans votre sérum (le liquide jaunâtre dans lequel baignent les globules rouges). Cette analyse doit toujours être effectuée à jeun, car la plupart des gens sont en excès de ferritine après avoir mangé.

Le niveau optimal de ferritine sérique (dans votre sérum) est de 40 à 60 ng/mL. Une petite marge est permise, mais en-dessous de 20, vous êtes en déficit et au-dessus de 80, vous êtes en excédent.

Les niveaux de ferritine peuvent monter extrêmement haut. Il arrive qu’ils dépassent 500, voire 1000 ng/mL. A ce niveau, le dommage oxydatif est très intense.

La solution

La solution est simple. Si vous avez trop de fer, il suffit de participer au don du sang.

En faisant deux ou trois dons par an, vous pourrez maintenir votre taux de ferritine à un niveau sain.

Si vous manquez de fer

Pour les personnes qui ont le problème inverse, et qui manquent de fer, la première solution n’est pas de prendre des compléments alimentaires, mais de manger des aliments riches en fer, ainsi que de la vitamine C car elle en augmente l’absorption.

L’aliment riche en fer assimilable le plus courant est la viande rouge. Choisissez une viande de haute qualité, de bovins nourris à l’herbe, si possible issus de la filière biologique.

Mais l’aliment le plus riche en fer est la palourde : fraîches et bouillies, ou même en conserves, une portion de 80 g de palourdes (6 palourdes environ) vous apporte 18 mg de fer, soit l’apport quotidien recommandé pour une femme de 19 à 50 ans. Pour les femmes enceintes, la dose recommandée est de 27 mg/j. Pour les hommes, ainsi que pour les femmes ménopausées, 8 mg/j.

Les foies de bœuf et de volaille sont également riches en fer (6 mg pour 100 g). Certaines sources végétales sont également intéressantes (tofou, haricots blancs, lentilles, épinards), mais il faut savoir qu’il s’agit alors de fer « non-héminique », que nous n’absorbons qu’à 5 %, contre 25 % pour le fer héminique que l’on trouve dans la viande, le poisson et les crustacés.

Attention aux compléments de fer

Essayez autant que faire ce peut de corriger vos déficits en fer par l’alimentation. Si ça ne suffit pas, le recours à des compléments de fer peut être nécessaire, mais la plus grande vigilance s’impose alors.

Tout d’abord, de nombreux effets indésirables sont à craindre. Le mieux connu est la constipation, mais une supplémentation en fer peut également provoquer des nausées et vomissements. Il est donc conseillé de commencer par une très faible dose puis augmenter petit à petit. Prendre le complément le soir avant d’aller se coucher peut aussi diminuer les inconvénients ressentis.

D’autres part, toutes les formes de fer que vous trouvez dans les compléments ne se valent pas :

Le sulfate ferreux, que vous retrouvez dans le Tardyféron, le Timoferol et le Piedaven ainsi que dans de nombreux multivitamines, y compris pour les enfants, est une forme relativement toxique et non-organique de fer, qui peut causer de graves problèmes, allant jusqu’au décès en cas d’overdose. Et le simple fait pour un enfant d’avaler d’un coup un tube de multivitamines enrichies en fer peut déjà provoquer cette overdose, des cas ont lieu chaque année.

Il existe des formes organiques de fer, produites à partir du pentacarbonyle de fer, qui sont plus assimilables par l’organisme, par exemple le biglycinate ferreux, qui se compose d’une molécule de fer ferreux liée à deux molécules de glycine.

Toutes les bonnes préparations orales de fer donneront une couleur noirâtre aux selles. Cela est normal et ne signifie pas qu’il y a une perte de sang. 

Attention, ne prenez PAS de compléments alimentaires de fer, y compris les formes organiques si vous souffrez :

  • d’hémosidérose, et en particulier d’hémachromatose ;
  • d’anémie hémolytique.

Enfin, même si vous prenez du pentacarbonyle de fer, qui n’a pas la dangerosité du sulfate ferreux, veillez tout de même à ne pas le laisser à portée des enfants.

Aidez vos proches

Peu de médecins alertent leurs patients sur les risques d’excès de fer dans l’organisme, et la plupart oublient de prescrire régulièrement des analyses du taux de ferritine sérique.

Vous pouvez facilement partager cet article avec vos amis en le leur transmettant. Le niveau de fer peut avoir un impact majeur sur la santé et, qu’il soit trop haut ou trop bas, vous pourrez aider un nombre considérable d’amis à aller mieux par la simple recommandation de se faire analyser leur taux de ferritine sérique, ce qui est simple et bon marché.

A votre santé, et bonne année !

Jean-Marc Dupuis 

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About EdR

Tant que les lions n’auront pas leurs propres historiens, les histoires de chasse continueront de glorifier le chasseur. (proverbe africain)

Posted on January 1, 2013, in fer, Jean-Marc Dupuis. Bookmark the permalink. Leave a comment.

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