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>L’athlétisme éthiopien appuie sur l’accélérateur

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ADDIS-ABEBA, ETHIOPIE – Le Monde.fr est allé à la découverte du miracle del’athlétisme éthiopien et vous propose, en quatre épisodes, de suivre la foulée de ces champions venus d’Abyssinie. Après un deuxième épisode consacré aux répercussions économiques de l’athlétisme, découvrez comment et pourquoi l’Ethiopie veut accélerer la cadence pour briller aussi en sprint.
Après avoir assis sa suprématie sur le fond, l'Ethiopie se met au sprint.
Après avoir assis sa suprématie sur le fond, l’Ethiopie se met au sprint.H.B. / Le Monde.fr
Si l’on vous dit Éthiopie et athlétisme, vous pensez marathon, et à juste titre. Depuis Abebe Bikila, le coureur aux pieds nus, l’Ethiopie a toujours su produire d’incroyables coureurs de fond comme le légendaire Haile Gebresselassie ouKenenisa Bekele, double médaillé d’or aux JO de Pékin et détenteur de plusieurs records du monde.
Mais, à 38 ans, Haile se fait vieux et Kenenisa n’a plus couru depuis deux ans. Aux championnats d’Afrique d’athlétisme 2010, l’Éthiopie est arrivée 9e avec une seule médaille d’or, loin derrière son plus grand rival, le Kenya. Alors, pour survivre sur les pistes des stades, la nation du fond a dû s’adapter. Il y a un an, la fédération d’athlétisme a, pour la première fois, embauché un entraîneur étranger pour former une équipe de sprinteurs capables d’aller décrocher des médailles à Londres en 2012 : le très américain Charles Yendork, originaire du Ghana et lui même ancien athlète.
Sur la piste, avec sa voix brute, ses trois chronos autour du cou et son parlé yankee qu’une jeune femme traduit en permanence en ahmarique, l’homme a quelque chose de fascinant. Scarifié sur la joue droite et vêtu d’une tunique africaine ornée de grands portraits de Barack Obama, le coach de 57 ans n’hésite pas à revisiter les mots de Martin Luther King pour motiver ses athlètes.
Charles Yendork, 57 ans, entraîneur de l'équipe nationale d'athlétisme éthiopien pour les courtes distances.
Charles Yendork, 57 ans, entraîneur de l’équipe nationale d’athlétisme éthiopien pour les courtes distances.H.B. / Le Monde.fr
MARTIN LUTHER KING TRONQUÉ
“Vous devez monter jusqu’au sommet de la montagne. Cela ne sera pas facile mais une fois que vous y serez, vous ne voudrez plus redescendre. C’est de Martin Luther King”, leur clame-t-il dans un discours aux accents de prêche. Pas grand-chose à voir avec la citation originale, issue du dernier discours du révérend – “Je suis allé jusqu’au sommet de la montagne d’où j’ai vu la Terre promise (…) et je veux vous faire savoir que notre peuple l’atteindra” – mais qu’importe, l’effet sur les jeunes coureurs est réussi.
“Écrivez sur un papier le chrono que vous voulez atteindre cette année, affichez-le à un endroit où vous le verrez tous les jours et vous y parviendrez. Nous devons gagner plus de médailles sur les courtes distances, nous pouvons y arriver ! Et ce n’est pas la peine de venir vous entraînez si vous ne pensez pas comme moi”, tonne-t-il. La phrase n’est jamais prononcée mais on jurerait entendre murmurer un“Yes we can”.
En dehors des pistes, le discours est le même. “Si j’ai pris ce contrat ici, ce n’est pas pour l’argent”, assure-t-il. “Je touche ici moins de la moitié de ce que je gagnais dans mon précédent travail [en Arabie saoudite, pour la fédération américaine]. En plus, je fais le boulot de trois entraîneurs à la fois – sprint, lancer, saut. Si je suis venu, c’est parce que je veux montrer aux Éthiopiens qu’ils ont des bons coureurs sur courtes distances, contrairement à ce qu’ils pensent”.
PROGRÈS SPECTACULAIRES
Et même si, au bout d’un an, M. Yendork en est toujours à répéter les bases du sprint – “Pousse ! Tu dois pousser dans le sol en démarrant pour prendre de la vitesse !” –, à rappeler aux jeunes qu’ils ne doivent pas manger trop d’injera – une galette de farine de céréales qui constitue l’aliment de base de la cuisine éthiopienne – et à montrer comment s’étirer, les temps des athlètes s’améliorent de semaine en semaine.
Depuis l’arrivée du coach, ces jeunes ont fait des progrès spectaculaires, battu les records nationaux à la chaîne et, pour la première fois, réussi à aller jusqu’à des finales de championnats internationaux. Fin mai, lors du championnat junior d’athlétisme africain au Botswana, l’Éthiopie s’est ainsi hissée à la deuxième place derrière l’Afrique du Sud et a emporté l’or sur 400 m et l’argent sur 200 m.
Progrès imputables à une marge de progression colossale ou à un réel potentiel de l’équipe ? Peu importe, quand M. Yendork annonce trois médailles pour le sprint aux JO 2012 avec un regard convaincant porté par des yeux bleu ciel, on se surprend à y croire. Mais, avant même d’atteindre Londres, le technicien se concentre sur les championnats du monde qui se tiendront en Corée début septembre et sur les Jeux africains (au Mozambique, courant septembre 2011).
“J’EN AI RIEN À FAIRE DES AMÉRICAINS OU DES JAMAÏCAINS”
Pour l’instant, le meilleur espoir de l’équipe est un spécialiste du 400 m, Bereket Derta, 20 ans. Le jeune homme court depuis seulement 3 ans mais participe déjà à nombre de championnats internationaux. Loin de la modestie habituelle des coureurs de fond, il affiche l’arrogance des sprinteurs, chassant d’un revers de main la soi-disant supériorité des athlètes américains… même si son record personnel (45 s 79) est encore bien loin du record du monde (43 s 18).
Pourtant, quand on lui oppose Usaïn Bolt, il arbore un sourire insolent, répond qu’il“ne [lui] fait pas peur”. “Je suis naturellement doué et psychologiquement différent des autres. Je sais que je serai le meilleur, j’en ai rien à faire des Américains ou des Jamaïcains”, dit-il sans ciller, expliquant qu’il [se sent] libre dans ma tête”.
Bereket Derta, 20 ans, est le meilleur espoir de l'équipe nationale d'athlétisme sur 400 m.
Bereket Derta, 20 ans, est le meilleur espoir de l’équipe nationale d’athlétisme sur 400 m.H.B. / Le Monde.fr
“LES SPRINTEURS LE SONT DE NAISSANCE”
“Les sprinteurs le sont de naissance”, appuie M. Yendork. “Les champions commeCarl Lewis ou Usain Bolt sont nés avec cette vitesse, c’est inscrit dans leurs gènes. Il n’y a pas un pays au monde où vous ne pourrez pas trouver des bons coureurs ; en Éthiopie aussi, nous avons des athlètes qui sont nés rapides, il faut juste les faire travailler”.
Et savoir profiter de la diversité tribale du pays. Yilma Berta, entraîneur chef de la fédération éthiopienne d’athlétisme, explique : “En Ethiopie, nous avons des climats et des cultures différentes. Nous avons des sportifs très musclés, d’autres plus fins, des plus grands ; tous sont faits pour des spécialités différentes”. Si beaucoup de sprinteurs viennent du sud du pays, l’ouest de l’Ethiopie, autour de la ville de Gambella, produit plutôt des bons sauteurs, très grands et très fins.
Finalement, le principal obstacle entre les coureurs et les médailles pourrait être d’ordre matériel. “Cette piste est bonne pour la compétition, mais vous ne pouvez pas vous entraîner plus de deux mois ici sans avoir des blessures aux jambes ou aux genoux”, regrette M. Yendork. “En plus, j’ai besoin d’assistants supplémentaires, qui savent faire autre chose qu’appuyer sur un chrono, qui connaissent la dynamique du sprint et ses mécanismes”. “Nous manquons de coaches qualifiés et d’argent pour s’occuper de tous les athlètes”, confirme Yilma.
Loin de la modestie des coureurs de fonds, arrogance et vantardise sont de mise chez les sprinteurs éthiopiens.
Loin de la modestie des coureurs de fonds, arrogance et vantardise sont de mise chez les sprinteurs éthiopiens.H.B. / Le Monde.fr
L’entraîneur américain finira par reconnaître, un peu agacé, qu’“à la différence des États-Unis, ici, ils n’ont pas encore compris les sacrifices qu’il faut faire pour être au top”. “Ils regardent les succès d’Haile et de Kenenisa et ils pensent que c’est facile, que s’entraîner dur ne sert à rien”. Mais il en faudra plus pour qu’il perdre espoir : “Donnez-moi encore un peu de temps et l’année prochaine, l’un d’entre eux battra un record du monde”. Charles Yendork a fait un rêve…

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>L’Ethiopie court toujours

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ADDIS-ABEBA – Depuis cinquante ans, l’Ethiopie décroche médaille sur médaille dans les courses de fond aux Jeux olympiques, et ses champions, comme Haile Gebreselassie ou Kenenisa Bekele, comptent parmi les plus illustres sportifs du monde. Le Monde.fr est allé à la découverte du miracle de l’athlétisme éthiopien et vous propose, en quatre épisodes, de suivre, une fois n’est pas coutume, la foulée de ces champions venus d’Abyssinie. Lors de ce premier volet, découvrez pourquoi ce pays de la Corne de l’Afrique a hérité du surnom de “Mecque du marathon”.
Le soleil est à peine levé sur Addis-Abeba et, déjà, une trentaine de coureurs foulent la piste irrégulière de Meskel Square, faite d’herbe, de terre et de cailloux. La place la plus fréquentée de la capitale éthiopienne accueille tous les matins des sportifs plus ou moins occasionnels, bien décidés à s’exercer sur ce terrain d’entraînement pas comme les autres. Ici, pas de piste circulaire mais une multitude de lignes droites, disposées en demi-cercle les unes au-dessus des autres, que l’on parcourt en zig-zag jusqu’à atteindre le sommet.
Employé dans une agence de voyages, Kuku, 32 ans, vient y trottiner une demi-heure tous les matins avant d’aller au travail. “Chaque pays a sa tradition : au Brésil et en France, c’est le football ! Ici, c’est la course. Nous sommes fiers : grâce à ce sport, le monde entier connaît notre drapeau”, clame-t-il, souriant, tout en s’étirant. Anthenh, lui, traîne ses baskets un peu usées et son regard frondeur deux fois par jour à Meskel Square. A 20 ans, le jeune homme vit de petits boulots, souvent comme mécanicien, mais n’aspire qu’à une seule chose : devenir un grand champion d’athlétisme. “Mon père est mort et ma mère n’est plus avec moi. La vie est dure. Quand j’ai de la nourriture, je mange ; sinon, je fais sans. Mais je cours, tout le temps. Le secret pour réussir, c’est de s’entraîner très dur”, explique-t-il.
ALTITUDE ET MIMÉTISME
Depuis cinquante ans et la médaille d’or d’Abebe Bikila au marathon des JO de Rome après une course disputée pieds nus, l’athlétisme éthiopien est une redoutable machine à gagner dans les courses de fond, autant qu’elle est une usine à rêves pour la population. Ce pays, où 40 % des 90 millions d’habitants vivent avec moins de 2 dollars par jour, dispose d’un palmarès sportif à faire crever de jalousie n’importe quelle nation occidentale : 38 médailles olympiques, 10 records du monde en plein air encore invaincus, au moins 7 médailles remportées à chacun des trois derniers JO d’été… Toujours en course longue distance.
L’Ethiopie est l’un des dix Etats les plus pauvres de la planète, mais ses habitants courent plus vite et plus longtemps que tout le monde. Avec une trentaine de sommets qui culminent à plus de 4 000 mètres, ce pays de la Corne de l’Afrique a su tirer profit de ses hauts plateaux : habitués à courir près des nuages, les athlètes éthiopiens dopent leur production de globules rouges et deviennent encore plus endurants lorsqu’ils descendent dans les basses plaines.

Coureur amateur à Meskel Square, Addis-Abeba, la capitale de l'Ethiopie.
Coureur amateur à Meskel Square, Addis-Abeba, la capitale de l’Ethiopie.H.B. / Le Monde.fr
“UN COUREUR ÉTHIOPIEN N’ACCEPTERA JAMAIS D’ÊTRE BATTU”
Mais pour Yilma Berta, l’entraîneur général de la Fédération d’athlétisme, c’est surtout dans la tête que les coureurs éthiopiens sont plus forts que les autres.“Notre différence, c’est la motivation ! Nous sommes une nation pauvre et nos athlètes font énormément d’efforts pour gagner de l’argent et se sortir de leur condition. Cette motivation très forte fait qu’un coureur éthiopien n’acceptera jamais d’être battu. La victoire est gravée dans nos esprits !”
Depuis son bureau décoré d’affiches et de photographies aux couleurs des victoires olympiques, le coach au physique longiligne et aux cheveux blancs explique avoir étudié en Tchécoslovaquie avant de devenir, en 1982, responsable de l’équipe nationale de course de fond de son pays. Selon lui, le cercle vertueux reposant sur le mimétisme explique les excellents résultats des athlètes : “Gagner est devenu une tradition, chaque champion en attire un autre. Dans la foulée de Bikila, beaucoup d’Ethiopiens se sont mis au marathon et ont obtenu de très grands résultats. C’est ce qui explique aussi nos lacunes dans les autres domaines de l’athlétisme.”
Yilma Berta, l'entraîneur général de la Fédération d'athlétisme.
Yilma Berta, l’entraîneur général de la Fédération d’athlétisme.H.B. / Le Monde.fr
RIVALITÉ AVEC LE KENYA
Championne du monde sur 1 500 m en 2008, Gelete Burka, 25 ans, se présente avec aplomb comme la nouvelle Derartu Tulu, première Ethiopienne à décrocher un titre olympique à Barcelone, en 1992. “J’ai toujours rêvé de devenir comme Haile Gebreselassie et Derartu [Tulu], dont j’entendais parler à la radio. Ils ont été mes exemples et j’ai tout fait pour réussir comme eux. Je serai la prochaine Derartu !”
En dépit de l’optimisme affiché par la championne, depuis quelques années, l’athlétisme éthiopien est en perte de vitesse, sérieusement menacé par son voisin et rival éternel, le Kenya. L’an passé, lors des championnats d’Afrique, l’Ethiopie n’a remporté qu’une seule médaille d’or et fini neuvième d’un classement général dominé par le Kenya. “Ils ont des moyens financiers importants, ont recruté beaucoup de coaches étrangers et développé nombre de projets avec les pays développés, constate Yilma Berta. Nous, nous avons peu de coaches qualifiés, peu de matériel, et peu d’argent pour nourrir nos athlètes.”
DES ENTRAÎNEMENTS MILITAIRES
Logée dans l’enceinte du stade déplumé d’Addis, la Fédération d’athlétisme partage ses locaux avec celle du football. Chacune dispose d’une poignée de bureaux, le long d’un couloir aux murs bleu pâle décrépis, où traînent des fils électriques dénudés. Alors, pour ne pas se faire totalement dépasser par Nairobi, l’Ethiopie développe ses infrastructures et tente de repérer ses jeunes pousses de plus en plus tôt.
Au sud de la capitale, à Assella, dans la province d’Arsi, d’où viennent la plupart des champions éthiopiens, le centre Tirunesh-Dibaba – du nom de l’actuelle détentrice du record du monde du 5 000 m – accueille depuis l’an dernier plus de 250 athlètes et une vingtaine de coaches. Ici, l’entraînement prend des allures militaires : sous le regard sévère du coach Derba, un groupe d’élèves s’étire en cadence, et pas question de parler aux journalistes sans autorisation.
Entraînement de l'équipe nationale éthiopienne de course de fond.
Entraînement de l’équipe nationale éthiopienne de course de fond.H.B. / Le Monde.fr
“LE PROCHAIN KENENISA BEKELE VIENDRA DE CE CENTRE !”
Le technicien explique : “L’entraînement que l’on développe ici est meilleur qu’auparavant. Il est plus scientifique, délivré par des coaches qui sont des intellectuels du sport. Traditionnellement, on dit que le Kenya privilégie la quantité et l’Ethiopie, la qualité. Désormais, nous nous rapprochons de la méthode kenyane afin de préparer la relève.” Pour lui, c’est une évidence : “Le prochain Kenenisa Bekele viendra de ce centre !”
A plus d’un an des jeux Olympiques de Londres, l’athlétisme éthiopien, qui fait de cette échéance un rendez-vous important, se structure mais conserve intact son pouvoir d’attraction. Espoir du 1 500 m, le Néo-Zélandais Zane Robertson a choisi de venir s’entraîner à Addis-Abeba. “En général, les athlètes de mon pays partent aux Etats-Unis. Moi, je préfère l’Afrique, je connais le Kenya et l’Ethiopie. Ici, il y a moins d’athlètes mais beaucoup plus de qualité. Le mental est très fort : être prêt à se battre et ne jamais abandonner, c’est leur devise !”

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